Fondation Hartung-Bergman

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Anna-Eva Bergman (1909-1987)


Artiste d’origine norvégienne, Anna-Eva Bergman a produit une œuvre dense marquée par un tournant radical, qui la fera passer de la figuration à l’abstraction. Des années 1920 à 1940, son œuvre de dessinatrice témoigne d’un travail virtuose de la ligne et d’un esprit mordant et libre. A travers les livres et articles qu’elle illustre et parfois écrit, elle crée des galeries de personnages souvent cocasses. Ce dessin, tendre et humoristique, se fait aussi sombre et cynique lorsqu’il s’agit d’illustrer la guerre et l’occupation de la Norvège, son pays, par l’armée d’Hitler. Peintre également, elle produit des séries de paysages urbains, notamment lorsqu’elle est à Minorque de la fin 1932 à 1934, paysages qui montrent son intérêt pour le nombre d’or, l’architecture, les surfaces pures, et annoncent les formes simples et construites de son travail futur. Ce travail d’illustratrice, riche et puissant, constitue un premier pan de son œuvre, qu’elle rejettera pourtant par la suite, le jugeant stérile. En effet, Anna-Eva Bergman opère à la fin des années quarante un tournant radical qui la mène sur les voies de la peinture abstraite. Dès 1952, elle pose un vocabulaire de formes archétypales issues de la nature et de la mythologie scandinaves : pierres, planètes, montagnes, stèles, tombeaux, barques. Elle décrit alors son travail comme « non figuratif », mais apporte des nuances dans son rapport à l’abstraction : à l’expression d’ « art abstrait », elle préfère celle « d’art d’abstraire » (Dagbladet, 5 octobre 1950). Elle garde toujours, en effet, un rapport au réel, à travers ces formes symboliques mais aussi à travers le paysage, thématique essentielle de son œuvre. Il s’agit d’un paysage présenté – et non représenté – dans sa force originelle, par sa lumière, après un long travail d’imprégnation et de mémoire. Bergman cherche la lumière norvégienne mais ne peint pas sur le motif : elle absorbe ces impressions du sublime, avant de reformuler cet univers par un lent travail indissociable d’une technique : celle de la feuille de métal, feuille d’or, d’argent ou de cuivre qui devient, dès 1950 et jusqu’à la fin de sa vie, le dénominateur commun de ses œuvres. Son travail est alors également indissociable d’une construction : celle au nombre d’or, qu’elle utilisera jusqu’au début des années 1970.

Anna-Eva Bergman travaillera patiemment jusqu’à la fin de ses jours à retranscrire ce paysage matriciel sans cesse remémoré, produisant une œuvre originale, à contre-courant des écoles artistiques. Elle connaîtra une véritable réception critique de son vivant, avec de nombreuses expositions en France et à l’étranger. Sa vie est aussi marquée par sa relation avec Hans Hartung, qu’elle épouse en 1929, pour divorcer en 1938, avant de reprendre sa liaison avec lui en 1952. C’est ensemble qu’ils projettent la conception de leur villa-atelier dans le sud de la France, dans laquelle ils s’installent en 1973. Dans cet atelier qu’elle a imaginé, avec une immense baie vitrée orientée au nord, elle bénéficie du calme propice à la méditation et d’une lumière méditerranéenne pure. Elle y travaillera jusqu’en 1987, date de son décès, laissant derrière elle une œuvre atypique rebelle à tout classement catégorique.

 

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