Liste alphabétique des titres

 

"...Et sous-off en 40", par J.-C. D'Ahetze
"A l'oeil nu" de Luc Decaunes
"Absence de Dieu" de Gabriel Boissy
"Athènes et l'Attique" par Emmanuel Boudot-Lamotte
"Bonaparte" d'Henri d'Estre
"Carpant", par O.P. Gilbert
"Ce qui demeure" de J. Benoist-Mechin
"Cette affaire infernale" de Henri Vuillemin
"Chrétienne d'Aguerre" d'Henri Pensa
"Compagnons de l'aurore" d'Arthur Bertschi
"D'Amours perdues" de François de Roux
"Danse pour ton ombre", par J.H. Louwick
"Deux cents poètes français vivants" de Henri de Lescouet
"Démon vivant" de Luc Decaunes
"Feu de brousse" par Georges-André Cuel
"Fontaine"
"François Fresneau, père du caoutchouc" de F. de Chasseloup-Laubat
"Guyanes" de Just Calveyrach
"Haute solitude"
"Histoire de rire" par Armand Salacrou
"Hugues Capet" de Paul André
"Jacques Cartier navigateur", par Edouard Peisson (Didier, Toulouse)
"Jardins et routes" d'Ernst Junger
"Journal de la France" d'Alfred Fabre-Luce
"Journal dessiné d'un prisonnier de guerre" d'Antoine de Roux
"Julie de Lespinasse" de Gonzague Truc
"Jurg Jenatsch" de Conrad-Ferdinand Meyer
"L'Aigle de mer" d'Edouard Peisson
"L'Amour" de René Allendy
"L'Ange" de Paul Haurigot
"L'Avenir fantastique" de Pierre Devaux
"L'Eveil" de P. Trahard
"L'Homme" de Jean Rostand
"L'Inde martyre" d'André Chaumet
"L'Orage du matin" de Jean Blanzat
"La Bête de joie" d'André Beucler
"La Charge de Brocarby" de G.-E. Raclot
"La Chère Emma Bovary" de Léo Larguier
"La Cité de l'horizon" de Renée de Castellane
"La Confession d'une âme fausse", poèmes d'Ilarié Voranca
"La Dame de la tour Hexagone" par Charles de Richter
"La Ferme africaine" de Karen Blixen
"La glorieuse histoire du Sirocco" par Pierre Varillon
"La Mort de Mindrais" par Vlaminck
"La terre et le travail" par Louis Salleron
"La Terre tourne" par Paul-Henri Michel
"La Vie d'Olivier de Serres" de François Lequenne
"Las Cases" de Jules Bertaut
"Le double baiser" de Pierre Haltier
"Le Jardin secret de Madame Dominois" de F. Lefèvre
"Le Mont Everest" de Joseph Peyre
"Le Pain des rêves" de Louis Guilloux
"Le Portrait de Juliette Delmet" de Maryse Choisy
"Le Sel des pierres" de Marie Mauron
"Le Théâtre" de J.-M. Synge
"Les Arnaud", par Jean Proal
"Les Cahiers du Rhône"
"Les Passagers d'Europe" de René Laporte
"Les rituels secrets de la franc-maçonnerie"par Jean Marques-Rivière
"Les Temps mêlés" par Raymond Queneau
"Les Voyageurs chimériques" par Edouard Lavergne
"Marchand" de Pierre Croidys
"Mer Franque" de Charles Braibant
"Mille regrets" d'Elsa Triolet
"Musique d'Avent", par Marius Grout (Nouvelle Revue Française)
"Métamorphoses", poèmes de René Lacôte
"Nami" de Banine Thillet
"Nouvelles vérités sur les combattants" par Jean Labusquière
"Oeuvres de maître Eckhart"
"Peinture d'abord" d'André Lhote
"Pierre Louys intime" de R. Cardinne-Petit
"Produire pour l'homme" par A. Dauphin-Meunier
"Prélude à l'existence", par Jean Homassel (Nouvelle Revue Française)
"Psychologie du scoutisme" de H. Bouchet
"Pégonie" par Claire Fromont
"Rêveries d'un policier amateur" d'Alexandre Arnoux
"Sang d'Espagne" de Jacques Mevil
"Semis sur le ciel" de Noël Arnaud
"Soeur Anne" d'Emmanuel Buenzod
"Solstice de juin" par Henry de Montherlant
"Stèle pour James Joyce" par Louis Gillet
"Thomas l'obscur" par Maurice Blanchot
"Théâtre complet" de J.H. Lenormand
"Traduit du silence", le message de Joë Bousquet
"transfusion du verbe", plaquette collective
"Un Détective en robe blanche" de Sylvain Roche
... A chaque extrémité de laquelle...
...Le fait que l'abhumanisme se pose...
10 mars 1971
A Marseille
A Nantes, déjà, j'avais eu connaissance...
Actuation poétique - préface
Adolescence
Amour poitrinaire
Amour que multiplie 3
André Gaillard
Anne pas mourir
Antisyphonaire
Antonin Artaud
Apprivoiser son nuage
Aquarelle
Arp et le langage
Arp tourne de la terre en un jour de 5 heures 1/4
Arpoétique
Arpoétique
Audiberti permanent
Audiberti vivant
Automne à Trianon
Automobile-toi
Avertissement au délecteur
Avorter départ
Baleine-Ville
Ballade de la faim
Berceuse
Boiserie incassable
Bouge
C'est bien Heidegger qui affirme...
C'est le 27 mai que s'ouvrira pour quatre jours...
C'est sans alibi que se présente...
C.F. Ramuz
Camille Bryen participe depuis 1926...
Centaure fatigué
Ceux de la forêt de Charles Exbrayat
Charlotte Corday aux Carmélites de Lyon
Chatiment
Chuchotement
Cinzana
Cocktails
Colette Allendy, qui était un personnage étonnant...
Colloque de Meudon
Comme l'apparition d'un écran abyssal
Conférence à la galerie Pierre
Connaissez-vous une oeuvre méconnue ?
Conscience tu me survoles
Crise de croissance du cinéma
Cybernétique
D.C.D.
Dans le creux du corps
Dans le lion
Dans un style comprimé et éclatant...
De la poésie considérée comme un exercice spirituel
Delirian Dragonans / Grand air du Dragon
Derrière le mot
Des "Parents terribles" à "Hernani", en passant par Claudel et Raymond Roussel
Dessins de Mots
Deux fois le jour la montre arrêtée montre l'heure exacte
Deux Mécanismes
Deux Phénix
Dialogue abhumaniste entre Restany et Bryen
Documentaire sur l'éther onirique
Duchamp
Déambula
Décadence de la guerre
Défense d'interdire
Désécriture
Détachement
Echafaud de sable
Ecrit à Marseille
Edouard Peisson, poète de l'aventure
Efface vide
Eh Ah Eh Ih Oh Uh
Elévation
En réalité derrière son humour saccageur...
Entends dans le lointain se consumer les pierres...
Entre deux sols
Entretien avec André Kuenzi
Entretien avec Jean Clair
Entretien avec Jean Grenier
Entretien avec Jean-Hubert Martin et Marielle Tabard
Entretien avec Julien Alvard
Entretiens avec Michel Butor
Entrée
Entrée de Wols
Enumération d'ailes
Epis fanés
Est-ce un mot
Et de quoi
Evoquer les discoboles
Exposition André Lhote à Lyon
Expériences
Faiblement témoigné mais s'apparentant...
Faits divers
Faits divers (II)
Fipalonal
Fontaine
Fontaine, Alger
Fortement schématique
Francis Picabia vivait à la vitesse accélérée...
Georges Navel, poète ouvrier
H. C.
Hélicoïdal
Hépérile
Hôtel
I et i et encore identique
Il n'existe pas d'art appliqué...
Il n'y a pas d'aventure purement humaine...
Il y a 40 ans Ubu mourait à l'hôpital
Il y a deux cent ans... le serrurier Daniel-Jean Richard mourait
Il y a quelque temps, nous parvenait de Suisse...
Il y a un côté saint Paul chez moi...
Image le temps...
Incendie des silex d'os
Inscription
Insomnie
Interrègne
Item a juin le chaud compère
Jalons de Jean Schlumberger
Janus boulanger Néron confiseur Marius coiffeur
Je connaissais Hains...
Je fus envahi par la peinture comme par une vague...
Je mets le masque
Je suis venu à la peinture à travers l'antipeinture et la poésie - Réponse à une enquête
Jepeinsje
L'Actualité d'Arthur Rimbaud
L'Anti-Daphné
L'Art naissance
L'Attente
L'Automatisme
L'Aventure d'Hépérile
L'Aventure des objets
L'Aventure des objets - nouvelle préface
L'Aventure des Objets - Post-face
L'Echeveau de neige
L'Ecole poétique de Rochefort
L'Enfant à la balle
L'escalier de la femme et du lit un délire...
L'Heure du Biniou
L'Humaniste moisissure, et la nécessité de sortir de l'humain...
L'Intrusion de la chiffe honnête...
L'Oeil est en face
L'Oiseleur végétal...
L'Ouvre-boîte : colloque abhumaniste
L'âmaison de nos amis
L'âminiature
L'éclatement d'Artaud
La Belle polonaise
La Bouche et la bouche
La Chair et les Mots
La Chasse aux lions
La Fête de charité
La lune se soumet
La Mort en dentelle
La nuit et ses poissons de soie...
La peinture n'a de sens pour moi que...
La peinture paraît quand on peint
La pensée de quitter Paris éclatait sur tous les visages
La philosophie humaniste est une suite
La Photographie ancienne
La porte la fenêtre...
La Poésie partout
La publicité ne domine ce marché
La Question de l'art - Réponse à une enquête de René Massat
La recrue Senzapace d'Orlando Spreng
La Rose des vents
La Rue menace
La Saint Picabia
La Saison du feu
La Voie violette
Langue d'Oiseau
Lautréamont envers et contre tous
Lave l'inutile étude
Le Bain de l'homme
Le Bon gîte
Le chinois moisi qui cherche noise...
Le Christ en guerre
Le commerce de très peu d'oeuvres
Le Diable
Le Grand spermatozoïde
Le Lama de Montparnasse
Le Marteau de lune / Le Marteau qui frappe
Le Passant outre
Le peintre L.-J. Varlet
Le Pont de la guille
Le poète ne porte à la consigne
Le Printemps
Le père Rembrandt
Le Radeau des veuves
Le Rat de bibliothèque
Le Retour d'Artaud
Le Retour d'âme
Le risque poétique
Le Sang en vacances
Le Serpent l'allumeuse
Le Signe de l'homme
Le Soldat Mort
Le style d'être est rare à une époque...
Le suicide mène à tout
Les abords de Léonard
Les Bois sont découpés, les lauriers sont pour Arp
Les caverneuses faiblesses...
Les Chemineaux
Les Chenilles processionnaires
Les Clamours de la mort
Les Déserteurs de Marseille
Les Ficelles de poils...
Les glissements en avancée de chair trouée...
Les Grands airs gantés
Les graveurs autres
Les Grues
Les Lions à barbe
Les Lois du hasard
Les Lois du Hasard (II)
Les Moulins à prière
Les Murs
Les Océans des veilleuses
Les os claquent les ligatures de la nuit
Les Quadrupèdes de la Chasse - Préface
Les Réticences agrègent leurs lianes
Les Souvenirs d'une plage
Les tissus du peintre sont autres, plus mystérieux...
Lettre illettrée
Lettre ouverte à Audiberti sur l'existence d'une peinture abhumaniste
Lettre-préface pour O.P.N.I.
Liminaire
Lupanars
Ma chambre à coucher sur sa tige
Ma mère et ma fille...
Ma mère qu'était pas fortunée...
Mangeur de mots
Manifeste du Dimensionisme
Mannequins
Marcel Duchamp l'anti pesante heure
Marché aux fleurs
Marine
Marionnettes dansantes d'O'Brady
Matins ici
Mermevive
Message actuel de l'Inde
Michel Tapié
Miracle, noir, bas, gélatine
Mise en garde
Mon atelier n'est pas grand...
Monsieur Benoît
Mort du cavalier
Mots bavards
Métromanie
Naissance du poète
Nietzsche l'inventeur de la girouette...
Noir de nuit
Notice biographique
Nous sommes quelques uns à devoir beaucoup à Colette Allendy
Nuits massacrées
On ne revient pas d'Hélène Froment
Opération Buffalo Bille
Ouragan d'ardoise
Parce que la poésie pour O'Brady...
Paris de Nuit
Parole... parle !
Pas de contraire à la forme ...
Paul Fort, "Les Visions"
Paysage du scaphandrier l'espoir
Phases du Narcisse
Phrases programme
Picasso
Pierre Mac Orlan, "L'Ancre de Miséricorde"
Place Notre-Dame à Paris
Planche à gauche planche à droite
Plié lié
Pluo Pluo Pluo
Plus vierge et fatiguée
Poaime au paralloïdre
Point du toujours
Portrait de Luc par Lanza del Vasto
Pour les chinois (anciens) le bois ...
Pourquoi donc ai-je déchiré ce cahier bleu...
Pourquoi l'automobile est-elle absente de vos oeuvres ?
Poursuite
Poème pour phono
Poèmes à disparaître
Poésie 42
Poésie 42
Poésie et connaissance
Promenade avec la lune
Prose
Prostitué de houle la grève océanique...
Précise tes montagnes
Présentation à l'anthologie de la Poésie naturelle
Quel vous paraît être l'apport de Picabia à la peinture du XXème siècle ?
Quelles sont les choses que vous détestez...
Quelques jeunes poètes
Qui grave quoi
Rendez-vous jamais
Renvoi du vieux terrassier
René Massat : "Risques courus"
Restaurant à prix fixe 5,75
Roger Lannes
Roger Lannes : "Le Tour de Main"
Rue du Dragon
Réflexions
Réjouissance
Réponse à une enquête : "Que pensez-vous de Van Gogh"
Réponses en slogans
Rêve
Saint Absent
Saint-Amant (1584-1661) : Aventurier, poète burlesque et précurseur du romantisme
Sainte-Beuve, "Réflexions sur les lettres"
Sans une rue froide
Sans équivoque
Si
Sommeil en faction
Sortie
Sourire
Souvenir de Louis Marcoussis
Structures imaginaires
Sur un air de Krishnamurti
Symphonie en ouac majeur
Texte de présentation à l'exposition "Photographies irrationnelles" à la galerie Gravitations
Texte pour l'exposition "Psychologie vivante" au bar la Cachette
Toulouse-Lautrec : humoriste et grand observateur
Tout n'est que signe conventionnel s'écrie Picasso
Tout se passe comme si notre vie dépendait...
Tristan Corbière ou le "Poète-Contumax" (1846-1876)
Tristesse métaphysique
Trois jeux pour le développement de l'irresponsable
Trois marins loin de leur navire
Trois oeuvres d'Alfred Jarry
Témoignage de la peinture, le cas Picasso...
Témoignage sur Illiazd
Tête à coq
Un peu d'âme de Pierre-Emile Jalbert
Une casquette transparente
Une toile de Picabia est en dernière analyse...
Une trouvaille
Upercut
Vampirisation du soir
Vide
Vide antérieur
Visite à Zadkine
Vive Picasso...
Volatile
Vomitorium
Vouloir traduire la pensée en acte...
Wols
      Liste des textes & poèmes
 

Quelques textes...

 

La Poésie partout

La poésie se doit, de plus en plus, de se mêler à la vie. La radio, le cinéma, le disque ont déjà montré qu'elle s'est échappée de la forme conformiste du livre. Les difficultés actuelles du papier d'édition serviront sans doute à découvrir de nouveaux moyens de transmission pratique.
C'est dans cet esprit que, sur ce tableau, tracé à la craie, nous présenterons chaque quinzaine un poème inédit. L'auteur en sera célèbre ou inconnu.
C'est en pleine liberté et en dehors des considérations d'école ou de mode que seront inscrits, mêlés à la vie des peintres, les poèmes muraux du Folklore.

 

 

Une toile de Picabia...

Une toile de Picabia est en dernière analyse un Picabia qui est un non-picabia.
Mais un picabia qui est un non-picabia est aussi un picabia.
Comme je transcris maintenant ce non-picabia est-ce que nous nommons Picabia
le Picabia où, après tout, est Picabia.
Eh oui ! Picabia est Picabia.
Le voici entouré de ces tableaux-réveille-matin avec derrière lui l'Affiche en lettres grasses :
Défense d'interdire (loi du 22 janvier 1878).
Picabia pour qui la peinture est une manière naturelle d'être naturel comme l'est un chrysanthème hâtif, le Picabia, grosse fleur étalée chiffonnée jaune ocre chaud, est aussi leur complice, Marcel Duchamp qui aime avoir "affaire" avec la Rrose Sélavy.

 

Lettre illettrée

 

J N P R P H O S J N P

J N B A T J N P R P

J N P R O M C O R P R

J N P R P C H A M A T E

J N R P N A S

J N R P H O S

J N P P B A T

J N R P O M C O

J N R P C H A M A T E

J N R P N A S

H O S J N R P

B A T N P R P

O M C O N P R P

N A S J N M P R P

Ces vers de JEAN RACINE ont été déracinés de Bérénice
pour une délecture dans un bain de consonnes inconsommables
avec flottaisons de mots ignorés

 

 

Naissance du poète

Les toits sont tout mouillés de pluie
l'odeur de la pluie est son corps
ma tête lentement se vide
mes sens s'affirment dans le noir.

Blanc très blanc
dans cet hôpital
où on meurt sans savoir pourquoi
à chaque instant il meurt en moi
ou un élan ou un espoir.

Notre amour est au fond d'un puits
on ne peut plus tirer la corde
mon amour est au fond d'un puits
et ne sera plus notre amour.

Les mots boitillent dans leur sens
ce sont des cadavres de mots.
Que voulez-vous tristes m'apprendre
que je ne sache avant d'écrire...

C'est maintenant que je suis mort
piège de ses bras à mon cou
espérance oreiller crevé
le noir est là un peu partout.

Les toits sont tout mouillés de pluie
je suis très vieux puisque je sais
il faut finir, il faut finir
ce n'est ni long ni difficile.

 

 

Les Lions à barbe

Lions à barbe dans un arrêt de poursuites les poids de cuivre jouent les tambours dans les collines du ciel
Dramatiques dentelles les mains se serrent sur des plats d'argent où des savons ocres moisissent et moussent
La fièvre allonge ses plumes près du rideau de fer du lit repeint à l'aube et qui va rentrer dans la boîte Le cadavre volé par le trou de la serrure commence l’impressionnante descente liquide de l'escalier ciré du cimetière
Défilé des possibilités matinales en conserves de deuil Les pieds perpétuent les instruments aratoires qui déchirent les rayons des fantasmes Au fond des tiroirs des papiers des lunettes des poitrines décrochés et des seins oubliés sur une route cosmétique et de fleurs s'agrippe le piège des nombres
Un sommeil nécessaire comme une bougie transparaît et lave la fente charnelle d'une aube cerclée de lait frais
C'est une corne qui dessert les arrondissements éloignés dans l'Histoire
La rue brillante laisse couler d'oeil en œil de visage à visage une couverture crevée d’ossements roses de sourires d'étoffes de ceinture
Les canevas des bouchers se referment leur clé à la boutonnière qui délivre et laisse se précipiter à petits coups des rubans de chair belles ferronnières vers des égouts colorés de coutumes grisailles sentinelles veillant les sommeils des cerveaux chevaux mécaniques papiers peints
Dans les cuisines de porcelaine des aventures de cuivre se rencontrent comme des interprétations minimes du crime
Une chanson est à suspendre aux fenêtres des soldats endormis entre pain et jour qui s'enroule le long des murs comme des fleurs barbouillées dans les pioches
Ainsi sur une route importante les caractères font à midi de durables révérences permettant le retour aux maritimes transports du passé
Il est un sable iodé qui s'ensanglante dans mon absence où le cri ce poignard du cœur tragique remet ses interrogatives danses truquées
Pour porter cette perruque frontale il faut coupler ses monuments du nuage qui se lavent de siècle trophées de coquillage et de pompes mythologie à rebours et bouillonnante retrouvée avec une couleur de bois malade
Un tragique de pirate écarte un habit rouge et ses grelots le long d'une tombe bordée d'arbres rochers et de feuilles de tremble étrangement grandes
Dans les cerceaux et dans les cages des mères à genoux comptent leurs blessures et leur argent en monnaie feuilleton de leur sein
Désarmant souvenir de la grève où des animaux pris de panique s'allument et rêvent
Des fleurs de sables mécaniques agitent des tentatives de mains pour saisir ces cheveux colorés ces soies étendues et salées qui passent devant leurs robes
Une fille intérieure étend et capte cette débauche héroïque de muqueuse
Adolescences aux pertuisanes vos yeux se suivent dans ces manèges vos regards verticaux se meurent dans les fentes du monument ces pans de murs abandonnés où s'ouvrent les morceaux d'éponges les débris de fer les bas des femmes corsets fleuris rejetés par la houle de lune dont les cornes ceignent vos fronts pâles
Chaussez ses sandales de galets partez sur ces radeaux creux de chairs tendres mi humain mi poisson
Les aiguilles des corps tourmentent et effilochent des vêtements plus légers encore
Qu'un jeu de cueiller d'amertume contractant des cartes de géographie pitié ne vous alarme plus une statue jamais ne dort sans son ombre on peut ressortir sourd des bras salés de l'écume
Des buissons de moustaches postiches se répandent et glissent en sourdine à la hauteur des lèvres
Désert inorganisé la formation aérienne et en couleur des casquettes par contraste naissent sourdement Révolte dans chaque poitrine bardée une foule énorme des robinets ouverts entre les jambes se précipitent aux frontières
Les galons poussent sur les ventres les épaulettes égrènent leurs peignes sales
Des linges se tendent sur des doigts et des cheveux hoquetant des croix rouges
Les automobiles se retournent comme des insectes et les parfums changent les tiges manivelles de cinéma Au-dessus des ailettes et des ponts une position m'obsède et me surprend crépusculaire feu d’artifice
De toutes parts des feuilles renversées imitent mes efforts et les tambours battent compliqués de cartes à jouer dans les cours des maisons des statues de poussière veillent les corridors où s'accrochent les rampes et les écriteaux noirs
Les oiseaux fatigués plongent dans le gaz attendri et relèvent les corps pliés en deux sur les trottoirs
Des baignoires glissent cercueils mouillés et des corps se retirent des fontaines éteintes
Sur des planches s'étendent en petits œufs irréguliers de ridicules humanités sans naufrages possibles
Une boisson chaude et fripée contient des chansons et des ordres monacaux
Se dévidant et décolorant les arbres lisière de salut les instruments de fer modèlent leurs insomnies en réveil-matin de Lazare
Dans les puits d'églises les ornements en dentelles refleurissent
Dévastés sur le ventre où une barbe noire postiche provoque la stupeur bénite du diable
Les poissons-scies dans les veines bleutées continuent leurs plongeons anatomiques
Qui entreprend de casser les cailloux du cadre de se perdre dans la forêt

 

 

L'Art naissance

Si la fin te recommence
tirant le cordon du son
Est-ce fissure ou comédon ?

- La voyelle te regarde
La consonne est en hérisson
tourneboulons dans le oui non

sciure de moi
la connaissance
Séchant le suint du hasard
- suinter suer mouiller
ce buvard et ce feuillet

Il va dérouler sa peau
Entre l'air et entre l'os

 

 

Le Diable

Ma grand'mère me disait : Regarde
Toi longtemps dans une glace
Et tu verras le diable.
Longtemps j'ai fixé un miroir
Mais j'ai senti mon âme partir
Et j'ai manqué de me trouver mal.

 

 

Les Chenilles processionnaires

"Laissez-moi aller jouer à écraser les chenilles" disait à ses parents un jeune garçon qui accompagnait sa demande d'un sourire enfantin et charmeur.
Le soir j'interrogeais le bambin.
Il s'agissait des chenilles processionnaires. Ce sont les papillons des pins. Il faut les surveiller, et à certaines époques, elles se réunissent comme pour un tam-tam africain. Elles commencent alors, dressées sur leur dernier anneau, une espèce de danse hésitation sur place, verticale et hallucinatoire. Les unes après les autres elles tombent de fatigue et d'hypnose. Cette sélection permet d'élire le vainqueur, et ainsi le général chenille peut commencer les opérations de l'exode. Car il s'agit d'un véritable exode organisé selon des rites fixés par l'espèce. Est-ce le démon de l'aventure qui leur inspire de se jeter sur les routes à la recherche d'un autre pin ? Le fait est que les voici placées les unes derrière les autres, leurs mandibules ancrées dans la masse velue de la chenille qui précède. Et le bâton velu et gluant, le bâton poilu, le long bâton de la procession des chenilles commence son périple par les champs et les routes vers son Amérique d'arbre. Nos possibles futurs papillons laissent sur leur passage une bave légèrement moirée.
Mais le hasard des routes est terrible.
Tantôt la marmelade de chenilles est résultante de leur rencontre avec les chars ou les bicyclettes des paysans. Tantôt leur ennemi naturel, les enfants, qui les guette piétine les bestioles, créant ces longues flaques brunes où les mouches s'engluent, et où le pied du voyageur fait un faux pas.
Les enfants ont perfectionné l'écrasement des chenilles. Ils savent qu'en frappant la tête de la colonne, celle-ci s'arrêtera et attendra immobile, incapable d'envisager un réflexe autonome, privée de sa direction dictatoriale.
Ils découpent le long bâton en commençant par les derniers anneaux, et jusqu'à l'ébrasement final des chenilles processionnaires continuent à déambuler dans leur promenade inutile et mortelle.
C'est la parabole des aveugles imaginée par Brueghel, mais perfectionnée, rendue obsédante par son dépaysement de l'homme.
Et c'est justement ce décalage qui rend plus certaine l'assurance que j'ai d'avoir vu sur les routes de notre planète vers les buts qui se volatilisent, le long bâton humain hurlant ou muet.
Aux musiques repeintes des printemps ou des hivers, il va comme un obéissant serpent, les dents du poète s'enfonçant dans les chairs du général ou du pasteur, du militaire et du savant.
Il va le long bâton sorcier de l'humanisme, du fétichisme de l'homme, numérateur de l'univers. Et derrière lui son enfant de destin qui lui hache la queue.
Rien ne l'inquiète cependant, tout à fait ventre d'homme. Christophe Colomb aboutit à Hiroshima, l'inquisition aboutit à Saint-Sulpice.
En avant la procession.
L'homme ne s'inquiète que de lui-même. S'il domine la nature, s'il écrit un roman, c'est pour séduire une femme ou pour triturer d'autres hommes.
En avant le long bâton.
Dans un cimetière juif, on prie devant les pains de savon de graisse humaine, confectionnée par les hommes d'Auschwitz, des jeunes femmes sont brûlées vives accidentellement dans une prison française. Et les indigènes coloniaux fusillés par les instruments de la charte de l'Atlantique.
En avant la procession.
Et la dernière semelle des conflits scientifiques et microbiens, des savants ratapoils, aura-t-elle beau cuir et beaux clous.
Encore un tour mon bon bâton.
L'actrice mord plus fort la chair du policier du révolté du paléontologue.
Nous sommes des hommes, on est humain, en avant jusqu'au bout du bâton. Cependant les pierres et les nuages, toutes les combinaisons de la vie éclatent et luisent du plaisir d'exister.

 

 

Sainte-Beuve, "Réflexions sur les lettres"

S'il est une activité humaine qui est faite pour surprendre, charmer, inquiéter, n'est-ce pas l'exercice de la création littéraire ? Les problèmes qu'elle soulève se pressent à l'infini dans le cerveau des hommes.

De Sainte-Beuve dont la figure complexe fait sa réapparition dans les lettres, Les Cahiers de l'Unité française nous donnent une suite d'extraits intitulés Réflexions sur les lettres. Ce sont des remarques bien plus qu'une théorie complète. Tant il est vrai que les théories des critiques seront toujours, dans ce domaine, bouleversées par les oeuvres. La primauté de l'action sur la réflexion fixera toujours plus fortement l'intérêt des hommes, à tort ou à raison.

Ainsi, toute théorie des lettres qui envisage de se présenter sous les aspects de tel ou tel parti, mettra en cause des vérités et des erreurs, lesquelles ne le sont d'ailleurs qu'à l'intérieur des jugements portés par leur auteur. Je préfère quant à moi, en dehors de tout classement, un romantique vivant à un classique fatigué, aussi bien qu'un classique intéressant et nouveau à un poncif de la nouveauté, se parerait-il des noms des écoles les plus révolutionnaires dans les lettres. Je ne veux renoncer ni à l'intelligence, ni à cette intuition créatrice que Sainte-Beuve nomme "les coups de mains de l'esprit".

D'ailleurs, il y a une certaine nostalgie de ce critique lorsqu'il nous parle longuement de la tradition littéraire...

Il ne semble se retrouver vraiment que dans les parties traitant de la poésie, du roman et de l'histoire.

Ainsi, c'est quand il nous entretient de poésie qu'il est, à notre avis, le plus complet.

"En poésie, on peut lancer et perdre bien des flèches : il suffit pour l'honneur de l'artiste que quelques-unes donnent en plein dans le but et fassent résonner tout l'arbre prophétique, le chêne de Dodone, en s'y enfonçant."

Nous donnerons encore ce passage sur le poncif de la nouveauté que devrait méditer la grande masse des jeunes poètes qui s'exercent dans les revues :

"Une voie neuve à peine ouverte et indiquée, si étroite qu'elle soit, appelle aussitôt le troupeau des imitateurs qui foule et ravage ce qui n'était d'abord qu'un vert sentier : ce n'est bientôt qu'une route poudreuse."

Bien d'autres réflexions seraient à citer de ce petit volume, mais nous craindrions de ne pas réaliser son but qui est de nous le faire relire tout, non seulement, sans doute, le critique, mais aussi l'oeuvre du poète et de l'amoureux qui nous semble souvent trop injustement oublié aujourd'hui.